Carmilla
Sheridan Le Fanu
Ce livre m’a été prêté par une très bonne amie : je venais de terminer mon roman et au détour d’une conversation, je lui avoue être dans un période dans laquelle j’apprécie regarder des films et des séries d’inspiration gothique. Elle me recommande alors de lire Carmilla de Sherifan Le Fanu, dont elle a terminé la lecture récemment. Elle me présente l’ouvrage comme étant un Dracula version féminine, avant même que ce dernier n’ait été écrit : il n’en fallu pas plus pour me convaincre.
Résumé
Laura, la narratrice, est une jeune fille habitant avec son père et ses préceptrices dans un château de Styrie en Autriche. Le château est situé dans les bois et même si la vie y est plutôt agréable, la solitude que ressent la narratrice est inévitable, renforcée par la perte précoce de sa mère. Un jour, alors que Laura et son père revenaient d’une balade, ils sont témoins d’un accident de calèche qui vient se renverser juste à côté du château. Pris de panique, ils proposent leur aide à une femme qui en sort et dont la fille est encore piégée à l’intérieur de la calèche. Pendant qu’on porte assistance à sa fille, la femme explique au père de Laura qu’elle a une mission extrêmement importante à réaliser et qu’elle doit se remettre en route tout de suite.
Malheureusement, sa fille reste choquée par l’accident et il ne serait pas raisonnable pour elle de prendre la route dans son état. La femme demande alors au propriétaire des lieux de la garder sous son aile pendant trois mois, le temps qu’elle règle ses affaires. Cette femme ayant une allure tout à fait distinguée et paraissant de bonne famille incite la confiance du père de Laura qui accepte, pensant par la même occasion que la présence de cette jeune fille pourra se lier d’amitié avec sa propre fille. Laura en est effectivement ravie et très vite, la jeune fille dont on apprend par la suite qu’elle s’appelle Carmilla, devient une personne chère à son cœur. Malgré des habitudes de vie étranges (elle est très faible physiquement, se lève tard, mange peu et tient absolument à fermer la porte de sa chambre à clé la nuit), Carmilla s’intègre bien au quotidien de la famille et rompt avec la solitude habituelle du château.
Malgré sa profonde affection, Laura est parfois mal à l’aise avec le comportement de Carmilla qu’elle trouve trop intense et ambigu. Le malaise de Laura s’accentue lorsque son sommeil est perturbé par une créature étrange qui lui rendrait visite en rêve : elle parvient de moins en moins à se reposer et une sensation étrange la parcourt au moment du réveil, qu’elle décrit comme une sorte de frisson remontant le long de son cou. Très vite alarmé par l’état de santé de sa fille qui se dégrade, le père de Laura décide de faire appeler un médecin. Ce dernier l’examine mais ne laisse rien paraître : elle devra dès à présent être accompagnée de sa gouvernante, Mme Perrodon, partout où elle va et elle ira mieux dans quelques jours, sans plus d’explications.Laura, son père et Mme Perrodon décident la même journée de visiter le village abandonné voisin, dans lequel vit encore un prêtre. Ils se mettent en route : Carmilla et la préceptrice de Laura les rejoindront ultérieurement. Sur la route, ils croisent le général Spieldorf, un ami du père de Laura, qui revient d’une mission pour laquelle il était parti après la mort de sa nièce qui lui avait été confiée. Il est décidé que le général les accompagneront au village abandonné afin qu’il puisse partager avec eux la terrible histoire qui semble le tracasser.
Spieldorf commence son récit en leur racontant qu’à la suite d’un bal masqué, il s’est vu confier la garde d’une autre jeune fille en plus de sa nièce. Cette jeune fille, portant le nom de Millarca, serait la fille d’une vieille connaissance du général, qu’il ne serait pas parvenu à reconnaître lors du bal masqué et qui est partie en toute hâte suite à une supposée terrible nouvelle. Spieldorf relate alors que les deux jeunes filles s’éprennent d’amitié et que malgré un rythme de vie surprenant de la part de Millarca, la jeune fille est vite inclue dans la vie du général et de sa nièce. Malheureusement, la nièce du général commence à dépérir et son état s’aggrave rapidement. Ce dernier fait intervenir un médecin qui lui fait part de ses soupçons : un vampire s’en prend à sa nièce. Il doit alors se cacher dans la chambre de cette dernière afin de terrasser le vampire lorsqu’il viendra se nourrir, chose qu’il effectue. Seulement, lorsqu’il prend en flagrant délit le vampire, il s’aperçoit qu’il s’agit de Millarca. Il tente tout de même de la tuer, sans succès : Millarca s’évanouit dans la nature et la nièce du général décède dans la nuit.
Terrassé par le deuil, le général s’est alors mis en quête d’en savoir plus sur le terrible mal qui lui a dérobé sa nièce : il apprend ainsi qu’un vampire peut être tué seulement si il est décapité et qu’il ne peut plus accéder à sa tombe.
Laura, en entendant ce récit, ne peut s’empêcher de trouver des similitudes à sa propre histoire avec Carmilla. Le groupe arrive alors au village abandonné et décide de se mettre en quête de la tombe de l’ancienne comtesse de ces terres. C’est alors qu’arrivent la préceptrice de Laura et Carmilla, qui est reconnue sur le champ par le général Spieldorf comme étant le vampire ayant tué sa nièce.
Grâce à l’aide d’un bûcheron, ils parviennent à en savoir plus et trouvent son emplacement : ils exhument alors le cercueil de la comtesse et l’ouvrent. Ils sont stupéfaits de trouver Carmilla à l’intérieur, baignant dans du sang. Un pieu lui est rapidement enfoncé dans le cœur puis elle est décapitée par la même occasion. Le vampire tué, il ne pourra plus jamais faire de mal et la vie de Laura est ainsi sauvée.
Analyse / Avis personnel
Dès les premières pages j’ai été très satisfaite du style d’écriture qui est fluide mais qui reste très beau. La narration à la première personne fonctionne très bien pour cette histoire car elle est courte et qu’elle permet de donner de la crédibilité aux événements, afin de faire croire au lecteur que l’histoire s’est réellement déroulée.
Cette narration sert également à l’ambiance saphique qui s’amplifie entre Laura et Carmilla. J’ai apprécié que ce thème soit abordé, surtout pour un roman de cette époque (même si ça me paraît à tout bien y réfléchir assez cliché). Cependant, c’est Carmilla qui tombe amoureuse de Laura, même si cette dernière succombe peu à peu à son charme, il semblerait qu’elle y soit forcée. Ainsi, il m’a semblé que le caractère saphique de Carmilla était là pour souligner son caractère monstrueux : cet ouvrage est bien sûr à replacer dans son contexte et si une telle association avait été faite de nos jours, je l’aurais moins appréciée.
J’ai cependant été un peu déçue par la fin, qui paraît un peu hâtive : Carmilla se fait tuer sans beaucoup de cérémonie, Laura semble y être indifférente et ne pleure pas la perte de son amie. Certains détails restent également inélucidés : la préceptrice aurait vu une personne restée dans la calèche accidentée, mais nous n’avons pas plus d’informations au cours du roman. La supposée mère de Carmilla disparait soudainement sans que l'on apprenne sa réelle nature ou identité, et il semblerait qu’elle sert seulement de personnage introductif à Carmilla ce qui est un peu dommage.
En conclusion, c’est un ouvrage que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire, la tension est bien construite tout au long du récit, malgré une fin qui retombe un peu platement.
Fiche récapitulative
- Titre : Carmilla
- Auteur·rice : Sheridan Le Fanu
- Éditeur : Babel
- Date de parution : 1871
- Genre : Roman, Fiction, Horreur
- Nombre de pages : 156
- Résumé en une phrase :Livre très bien écrit et prenant, qui met en avant une vampire saphique avant même l’invention du plus connu des vampires.